Quelles solutions financières pour lancer une startup en Afrique ?

En Afrique, ce n’est ni la volonté d’entreprendre, ni des projets prometteurs qui manquent à l’essor économique du continent. Ce qui fait le plus défaut, ce sont les sources de financement accessibles. Pour les contourner, bailleurs de fonds, agences de développement, gouvernements et particuliers multiplient des stratégies permettant aux jeunes entrepreneurs de pouvoir réaliser leurs projets. Une panoplie de mécanismes de financement qui donne lieu à plusieurs modèles économiques, pour les startups notamment. Tour d’horizon.

Des prêts sans intérêts

Les taux d’intérêts pratiqués par les banques en Afrique sont généralement décourageants pour les jeunes entrepreneurs, ce d’autant plus que, ces crédits déjà chers, sont conditionnés par de fortes garanties. Pour contourner ces conditions bancaires rudes, plusieurs startups s’inscrivent dans des centres d’accompagnement créées par certains pays ou par des agences de développement. Une fois dans ces centres, leurs projets sont évalués et leurs promoteurs peuvent être éligibles à l’accès à des crédits sans garanties ni taux d’intérêts. Ce système est développé dans plusieurs pays en Afrique, notamment au Mali, au Sénégal, au Niger ou encore au Burkina-Faso, grâce notamment à la plateforme de financement du programme Afrique Innovation. Il est doté de 550 000 euros par l’Agence française de développement (AFD) et prévoit un remboursement en différé pour les entrepreneurs qui peuvent emprunter entre 10 000 et 30 000 euros.  

L’octroi de fonds de démarrage

Un projet viable pour son implémentation peut bénéficier d’un financement partiel nécessaire, soit au démarrage, soit à la couverture de certains risques. En l’incapacité d’obtenir l’ensemble des financements nécessaires pour la conduite du projet sur une longue période, certains entrepreneurs se tournent vers des banques ou coopératives ou encore des bailleurs de fonds, pour obtenir un accompagnement nécessaire à l’amorce de leur entreprise, ou encore à la couverture de certains risques. Cette aide permet à la jeune startup de créer de la valeur ajoutée, qui dans un premier temps sera destinée à rembourser la dette contractée. Les prochains bénéfices engrangés seront ensuite réinvestis dans la très jeune entreprise afin de lui permettre de grandir, pour ensuite commencer à engranger des gains pour l’entrepreneur et son équipe. Ce modèle économique est très utilisé par les startups africaines.
Au Sénégal par exemple, le Fonds Teranga Capital, cofondé par Omar Cissé et Olivier Furdelle, et doté au départ de 4,9 millions d’euros, soutient les startups innovantes en phase d’amorçage avant d’entrer dans leur capital.

Le recours à des « business angels »

De plus en plus d’hommes et femmes d’affaires fortunées sont ouverts au financement de jeunes entrepreneurs. Ceci leur permet de bénéficier d’avantages fiscaux, en plus des retombées de leurs investissements. Le recours aux business angels ,(anges d’affaires) est donc un mode de financement où de très grands entrepreneurs s’investissent dans de très jeunes entreprises, afin de les faire grandir. Impulsée au Nigeria, la mise en réseau des business angels africains s’affirme également en Afrique francophone, comme le montrent les groupements Cameroon Angels Network et Ivoire Business Angels.

Le crowdfunding ou financement participatif

De nombreuses startups africaines ont recours au financement participatif pour compléter leurs fonds propres. C’est le cas des ingénieurs burkinabé créateurs du projet Faso Soap, à l’origine d’un savon anti-moustique, qui ont pu collecter 70 000 euros en un an à travers la plateforme Ulule. De quoi couvrir le coût des tests pratiqués sur les premiers savons. Au Cameroun, plusieurs startups ont pu faire un  bond dans leur affaire grâce au crowdfunding, à l’instar d’Olivier Madiba, le fondateur de Kiro’o, qui a pu lever plus de 350 000 dollars pour développer ses jeux vidéos et qui aujourd’hui détient sa plateforme de crowdfunding, ou de Borel Taguia, le concepteur de drone solaire, qui lui a pu lever  plus de 350 000 dollars.

Les concours et bourses

Accélérateurs et incubateurs de startups multiplient les partenariats avec des entreprises mettant à disposition des porteurs de projets des bourses d’amorçage. C’est le cas du CTIC de Dakar, qui a lancé en 2015 le programme Buntuteki en collaboration avec l’opérateur de téléphonie Tigo, avec pour objectif d’appuyer une dizaine de projets par an. Portés par de grands groupes ou de grandes universités, les concours de startups, comme le prix Orange de l’entrepreneur social en Afrique, le Startupper de l’année organisé par Total ou la Global Social Venture Compétition de l’université de Californie à Berkeley, sont entre autres des solutions proposées au jeunes startups africaines.

Canicha Djakba