Les présidents les plus diplômés du Bénin

D’Hubert Maga en 1960 à Patrice Talon en 2016,  le Bénin a connu 16 présidents. De 1960 à 1975, le règne à la tête de l’ex Royaume du Dahomey puis de la République populaire du Bénin, a été marqué par une instabilité politique, manifeste par une forte présence militaire et des mandats insolites d’un à deux jours. A côté de ces dirigeants militaires, le Bénin a aussi connu des présidents civils, des intellectuels qui ont su s’y imposer pendant des années, et même après l’instauration de la République du Bénin en 1990. Aux parcours académique différents les uns des autres, Makers vous fait découvrir ces présidents les plus diplômés du Bénin.

Boni Yayi, le banquier, docteur en sciences économiques

De tous les présidents du Bénin, Boni Yayi est visiblement celui qui détient le plus long parcours académique. Né en juillet 1955 au Bénin, Boni Yayi entame son cursus scolaire  en 1959 à l’Ecole primaire publique de Tchaourou. Il enchaîne au Lycée Mathieu Bouké de Parakou où il obtient un baccalauréat en série C (scientifique). Le jeune bachelier poursuit ses études supérieures, d’abord à l’Université nationale du Bénin, où il décroche une maîtrise en sciences économiques et un Diplôme d’études en sciences bancaires (D.E.S.B). Il va ensuite à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar au Sénégal, où il obtient un Diplôme d’études appliquées (DEA) option finances, puis à l’Université d’Orléans en France où il réussit son doctorat de 3e cycle en 1986, et à l’Université IV Dauphine de Paris, où il devient docteur  en science économiques en 1991.. 22 ans plus tard, soit en 2013, cette université lui décerne une médaille d’or, afin d’honorer son parcours académique, professionnel et politique.
Sa formation en économie le mène tour à tour en 1975 à la Banque commerciale du Bénin, en 1977 au siège de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest où il occupe divers postes au Sénégal, jusqu’à sa nomination en 1992 par le Président Nicéphore Soglo comme membre de la cellule macroéconomique et conseiller technique du Président de la République aux affaires monétaires et bancaires.
En 1994, il est nommé président de la Banque ouest-africaine de développement (Boad), une institution financière régionale basée à Lomé, au Togo. Poste qu’il occupe jusqu’en mars 2006, date de son élection à la présidence du Bénin, en tant que candidat indépendant. Au cours de ses deux mandats, Boni Yayi a été élu président de l’Union africaine en 2013, président de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) la même année, puis président du bureau de coordination des Pays les moins avancés (Pma) de 2013 à 2015. Au cours de ces diverses fonctions, il s’engage dans la résolution des crises électorales en 2010 en Côte d’Ivoire, en 2012 au Mali, en Sierra Leone, au Ghana et en République centrafricaine, en 2014 au Burkina Faso et en 2015 au Burundi.
A la fin de son mandat en 2016, il est nommé au Conseil d’administration de l’Institut de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie. Devenu opposant à son successeur Patrice Talon, Boni Yayi est contraint à l’exil et vit désormais selon la presse béninoise, au Togo voisin.

Emile Zinsou, le docteur en médecine

Né en mars 1918 au Bénin, Emile Zinsou fréquente les écoles du Dahomey jusqu’à l’obtention de son baccalauréat. Ses études supérieures, il les poursuit d’abord au Sénégal, à l’Ecole normale William Ponty, devenu l’Université Tcheick Anita-Diop, puis à Paris, à la Faculté de médecine. Un médecin pour guérir le Bénin, pays surnommé « enfant malade de l’Afrique », du fait des nombreux coups d’Etat qui le secouent entre 1960 et 1972. C’est certainement à cela qu’aspirait Emile Zinsou, lorsque très tôt, le jeune interne dans les hôpitaux du Sénégal s’investit en politique dès les débuts de la lutte pour l’indépendance. Après l’indépendance de son pays en août 1960, le jeune médecin laisse tomber la blouse et occupe tour à tour les fonctions de sénateur, député, ministre de l’Économie et du Plan, ministre des Affaires étrangères, président de la Cour suprême, et premier ambassadeur du Dahomey en France. 

Le régime militaire qui a pris le pouvoir en 1967 le propulse à la présidence du Dahomey le 17 juillet 1968, jusqu’à ce que vienne l’en évincer un autre putsch, en décembre 1969. Il devient par la suite l’un des principaux opposants au régime de parti unique imposé par Mathieu Kérékou de 1974 à 1990. Dans le processus de démocratisation du pays, Zinsou est membre du Haut Conseil pour la République fondé le 9 mars 1990 avec les anciens présidents Justin Ahomadegbé-Tomêtin, Congacou et Hubert Maga. Il participe à la fondation de l’Union africaine le 12 juillet à Lomé au Togo. Emile Zinsou meurt le 28 juillet 2016. La même année, son neveu Lionel Zinsou est perdant aux élections présidentielles face à Patrice Talon.

Nicéphore Soglo, l’inspecteur des finances

Après son passage au Lycée Carnot de Cannes et un un cursus en sciences économiques à l’Université de Paris et à l’Ecole nationale d’administration (ENA) de la même ville, Nicéphore Soglo rentre au Bénin, encore appelé à l’époque République du Dahomey, nantie d’un diplôme d’inspecteur des finances obtenu à l’ENA, en 1962 (promotion Albert-Camus).
Le 12 mars 1990,  le président en exercice Mathieu Kérékou le nomme Premier ministre et un an plus tard, à la faveur des premières élections multipartites depuis 1972, Nicéphore Soglo devient président de la République, face à son adversaire, le président sortant Mathieu Kérékou, qui reviendra aux affaires en 1996. C’est en 2002 que Nicéphore rebondit en politique, en devenant maire de la ville de Cotonou, la capitale économique du Bénin, avant d’être remplacé à ce poste par son fils Léhady Soglo en 2015. 

Marcelin Joseph Sourou- Migan Apithy, l’expert-comptable

Né en 1913, Marcelin Joseph Sourou-Migan Apithy, plus connu sous le nom de Sourou-Migan Apithy, est un dirigeant de première heure de la République du Bénin et fait partie de cette jeune élite africaine formée en France pendant la colonisation. Après ses études primaires et secondaires passées au Bénin, Migan Apithy s’est envolé pour la France, où il a terminé le lycée et fait ses études supérieures en commerce, à l’Ecole libre des sciences politiques de Paris. Expert-comptable, il exerce quelques années dans une entreprise française en Afrique de l’Ouest et retourne au Bénin à la veille de l’indépendance du pays. Migan Apithy s’intéresse à la vie politique de son pays et à partir de 1945, il fait partie de l’Assemblée constitutive du Dahomey avant d’être premier ministre en 1957, puis vice-président en 1960 et président du Dahomey de janvier 1964 à novembre 1965. Du fait des querelles qui sévissent au sein de son parti le PDD, Sourou- Migan démissionne et prend refuge à Paris en France. Il revient dans son pays en 1970, mais suite au coup d’Etat de 1972, il est mis en prison avec les ex-présidents Justin Ahomadégbé-Tometin et Hubert Maga. Il n’en sortira qu’en 1981 pour quitter définitivement la scène en décembre 1989 à sa résidence à Paris.

Patrice Talon, le président qui se rêvait pilote des airs

Il s’en est fallu de peu pour que Patrice Talon réalise son rêve d’enfance. Celui d’être pilote de ligne d’air. Patrice Talon fait ses études secondaires à Dakar, capitale du Sénégal, où il obtient un baccalauréat C. Il s’inscrit ensuite à l’Université de Dakar, où après deux ans à la faculté des sciences en filière mathématique et physique, il passe avec succès le concours de ligne de pilote de l’air en Afrique et est envoyé à la base aérienne de Digne en France, pour la visite médicale. Recalé pour inaptitude moteur, son rêve de pilote est stoppé net. Qu’à cela ne tienne, Patrice Talon, déjà prometteur en affaires, s’y plonge davantage, et particulièrement dans l’agriculture. Installé à Paris, il se lance en 1983 dans l’activité de négoce des emballages et des intrants agricoles. Il crée en 1985 la Société de distribution intercontinentale (SDI), qui fournit des intrants agricoles aux producteurs de coton. Les affaires lui réussissent, et en 2015, Patrice Talon compte une fortune estimée à 400 millions de dollars, selon le magazine Forbes, ce qui le hisse au rang des hommes d’affaires les plus fortunés en Afrique subsaharienne. Un an plus tard, Patrice Talon, ancien proche du président Boni Yayi pousse, ses ambitions vers la politique. D’un coup d’essai aux élections présidentielles, il en fera un coup de maître. En mars 2016, il est porté à la tête du Bénin, et confiance lui sera redonnée par le peuple béninois le 11 avril 2021, pour un deuxième mandat, qu’il entame à 63 ans.

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Canicha Djakba