Ces figures de l’activisme en Afrique (#1/3)

Protection de l’environnement, justice sociale, changements politiques…Ils s’investissent dans la promotion du bien-être des populations et leurs voix retentissent chaque jour davantage à travers le continent. Makers vous mène à la découverte des activistes les plus célèbres d’Afrique, en trois parties. 

Vanessa Nakate, l’activiste ougandaise de la cause environnementale 

La jeune femme de 23 ans, diplômée en marketing, se consacre quasi exclusivement à la cause environnementale. C’est, paradoxalement, en étant « invisibilisée » qu’elle a gagné en notoriété.
En 2019, lors du Forum de Davos, en Suisse, elle donne une conférence sur l’urgence climatique aux côtés de jeunes activistes, parmi lesquels la célèbre Suédoise Greta Thunberg. Sur une image publiée par l’agence Associated Press, elle est exclue du cadre : seuls les jeunes militants occidentaux sont visibles. Nakate s’indigne, Thunberg la soutient. Les médias ougandais et internationaux (Al Jazeera, The Guardian…) lui tendent le micro.
Son engagement remonte à 2018. « J’avais des lectures théoriques d’un côté. De l’autre, je découvrais les retombées du réchauffement climatique sur les populations de mon pays », a-t-elle récemment déclaré à Jeune Afrique.
Durant le printemps 2019, elle se rend régulièrement – seule – sur la Jinja Road, à proximité du Parlement, à Kampala, pancartes écolos en mains. Investie dans différents projets, comme l’installation de panneaux solaires dans des écoles rurales, elle fonde le Rise Up Movement, qui rassemble de jeunes militants dans une dizaine de pays du continent. Le mouvement mène deux campagnes pour défendre le Parc national de Nairobi, au Kenya, et la forêt du bassin du Congo, menacée par l’exploitation forestière et minière.
Vanessa Nakate relie la protection de l’environnement aux droits économiques et au respect des populations indigènes. Son ambition se résume à « affirmer que l’Afrique a une voix, qu’elle peut raconter sa propre histoire climatique. ».

Alaa Salah, la femme en blanc qui milite pour la paix au Soudan

Le 8 avril 2019, la photo de celle que l’on surnomme la « femme en blanc » fait le tour du monde. Debout sur une voiture au milieu d’une centaine de personnes, Alaa Salah laisse entendre sa voix au cœur de la révolution soudanaise. Celle qui avait interrompu ses études d’architecture pour rejoindre le soulèvement populaire est devenue l’icône de toute une nation.
Et pour cause, trois jours après la diffusion du célèbre cliché, Omar el-Béchir est renversé par un coup d’État militaire, après avoir dirigé le pays pendant trente ans et y avoir instauré une politique islamique de prédation. Le pays bascule alors dans une période transitoire de trois ans pour tourner la page des dérives du précédent régime. Aujourd’hui, l’étudiante de 23 ans multiplie les déplacements à travers le monde et accorde des interviews à de nombreux médias pour tenter de faire sortir le Soudan de l’ombre.

Rebecca Enonchong, la Camerounaise qui lutte contre les injustices sociales

C’est en tant qu’entrepreneure que Rebecca Enonchong, 53 ans, s’est fait un nom dans l’écosystème mondial des nouvelles technologies. Mais l’aura de la fondatrice d’AppsTech (fournisseur de logiciels de gestion) a depuis dépassé les frontières de la tech.
Au Cameroun, cette originaire du Nord-Ouest anglophone est aussi l’une des voix du combat contre les injustices sociales. En 2017, elle a porté à bout de bras la mobilisation #BringBackOurInternet, après que le gouvernement ait coupé l’accès à internet dans les régions anglophones en proie à une importante crise sociopolitique. Et depuis, les combats se poursuivent : #Endphonetaxe, Endanglophonecrisis…tous à chaque fois suivis par des milliers de Camerounais et relayés par la presse.
Depuis lors, Rebecca Enonchong n’hésite pas à se servir de son audience grandissante (plus de 105 000 abonnés sur Twitter) pour dénoncer les injustices dans son pays. ActiveSpaces, l’incubateur de start-up qu’elle a lancé au Cameroun, continue d’étendre son réseau.

Lady Sonia, la conférencière congolaise du développement personnelle

De son vrai nom Sonia Mabiala, alias Lady Sonia, la Congolaise est suivie par plus d’un million de fans sur les réseaux sociaux. Nouvelle figure du développement personnel, la dame de 45 ans prodigue à longueur de journée des conseils sur les réseaux sociaux.
À travers des conférences aux quatre coins du monde ou via des cours en ligne, la femme d’affaires enseigne « comment trouver ou réveiller l’amour » ou encore « les secrets de l’épanouissement ». La « #BossLady » compte désormais parmi ses sponsors des banques, des sociétés privées, des ONG, mais aussi des donateurs particuliers. Une aura qui lui vaut d’être compté parmi les 100 personnalités influentes d’Afrique, selon le classement 2020 de Jeune Afrique, où elle occupe la 86e place.

Tiken Jah Fakoly, le reggaeman ivoirien toujours aussi engagé

Tiken Jah Fakoly n’est plus monté sur scène depuis plusieurs semaines à cause du coronavirus. Sa voix, pourtant, il continue de la faire entendre. Du haut de ses 52 ans, le reggaeman ivoirien est toujours un leader écouté et suivi par la jeunesse africaine francophone.En mai 2020, il diffuse un nouveau clip pour sensibiliser les populations aux gestes barrières contre le Covid-19.
Mais c’est surtout sur le terrain politique que Tiken Jah Fakoly continue de distiller ses messages, comme il le fait depuis plus de vingt ans. À la fin de 2019, son duo Troisième dose-Amoulanfé avec le rappeur sénégalais Didier Awadi est devenu l’un des hymnes du mouvement de contestation populaire contre le troisième mandat du président Alpha Condé, en Guinée. Son dernier fait d’arme a été la sortie d’un clip appelant les Ivoiriens à boycotter les trois principaux candidats à la présidence de la République (Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo), car expliquait-il, leur temps est révolu. Le clip est très vite devenu viral, et a été vu plus d’un million de fois en quelques heures seulement.

Lual Mayen, l’ex-réfugié Soudanais qui croît à la prospérité de son pays

Lual Mayen est passé de trois heures de marche par jour dans un camp de réfugiés du nord de l’Ouganda à la recherche d’un endroit pour recharger son ordinateur, à la création de sa propre société de jeux, Junub Games, et à la création d’un jeu pour aider à inspirer la paix.
Cet entrepreneur de 28 ans et lauréat du Sommet des jeunes activistes de 2021 s’est servi de son expérience personnelle en tant que réfugié du Sud-Soudan pour créer un jeu appelé Salaam, qui permet aux joueurs de vivre la vie d’un réfugié tout en les aidant à trouver une solution pacifique. Salaam propose également des achats in-app qui non seulement vous font progresser dans le jeu, mais aident également les réfugiés dans la vie réelle. Par exemple, lorsque vous achetez de l’eau pour votre joueur dans le jeu, vous achetez également de l’eau pour quelqu’un dans un camp de réfugiés. « J’espère que les autres réfugiés comprendront que nous ne sommes pas seulement là pour survivre. Nous sommes aussi ici pour prospérer », a déclaré le PDG de Junub Games à CNN.
Mayen utilise également sa voix pour parler publiquement de la crise mondiale des réfugiés, et inspire les jeunes Africains à rêver plus grand.

Nathalie Yamb, la camerounaise anti-françafrique

Nathalie Yamb est une activiste et femme politique jouissant de la double nationalité suisso-camerounaise. Elle est née d’un père camerounais et d’une mère suisse le 22 juillet 1969. Elle fait des études supérieures en sciences politiques, journalisme et communication en Allemagne et commence sa carrière en 1992 dans l’industrie télévisuelle en Allemagne. Plus tard, elle s’installe au Cameroun où elle occupe des postes stratégiques dans l’industrie publicitaire. La journaliste et consultante en stratégie, a travaillé en 2005 comme responsable des ressources humaines et de la communication pour la filiale camerounaise de l’armateur Maersk. Et a aussi dirigé au Nigéria le service Emploi et Formation de la filiale de Maersk d’APM Terminals, un opérateur portuaire néerlandais. Elle continue sa carrière en 2007 en Côte d’Ivoire en occupant le poste de Directrice Générale des ressources humaines pour la filiale locale de l’opérateur de télécommunications MTN. De 2009 à 2014, elle supervise le développement de compétences de l’opérateur télécom en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Ensuite, elle devient le porte-parole de Jerry Rawlings, ancien chef d’Etat du Ghana puis conseillère exécutive de la mairie d’Azaguie en Côte d’Ivoire.
Nathalie Yamb a été expulsée de la Côte d’Ivoire en décembre 2019 et s’est retrouvée dans un avion en direction de son pays natal, la Suisse, uniquement avec son passeport, son sac à main et ses médicaments. Officiellement, elle a été expulsée parce que ses activités étaient incompatibles avec l’intérêt national. « Officieusement, j’ai été expulsée parce que mes activités entraient en conflit avec les intérêts de la Françafrique – autrement dit, l’influence française en Afrique. », a-t-elle déclaré. Ses sorties, notamment sur son compte Twitter, sont à chaque fois aussi tranchées sur les relations entre l’Afrique et la France, et font presque toujours autant de likes et de commentaires que de reprises dans les médias classiques.

Anisa (alias Nissa) Bek, la Libyenne qui œuvre pour l’atteinte des ODD

Anisa ou encore Nissa, est une personnalité médiatique, une jeune militante africaine pour le climat et la fondatrice du Projet Mulan – un projet dirigé par des jeunes qui vise à diffuser et à atteindre les objectifs de développement durable du Plan de développement des Nations unies en Libye. En outre, elle est la responsable nationale de Let’s Do it World et des Fridays for Future dans son pays. Nissa est convaincue qu’un avenir prospère où personne n’est laissé pour compte est possible, mais qu’il faut travailler dur. Son travail acharné au cours des neuf dernières années n’est pas passé inaperçu, puisqu’elle a récemment reçu le prix Diana 2021.

Yero Sarr, le Sénégalais à la tête du mouvement Friday For Future au Sénégal

Yero, 20 ans, est étudiant et co-fondateur du mouvement “Fridays For Future” au Sénégal. Il s’est engagé pour la première fois dans l’espace des jeunes militants pour le climat à l’âge de 16 ans. Les craintes concernant l’avenir des jeunes de la planète l’ont incité à devenir très actif dans la lutte contre le changement climatique – et à s’assurer que d’autres le rejoignent aussi ! Il est convaincu que l’action collective est bien meilleure que l’action individuelle. La force de Yero est de mobiliser les gens ; il travaille avec plusieurs organisations environnementales sur de nombreuses questions qui lui tiennent à cœur (notamment les impacts de la pêche industrielle nocive sur les communautés d’Afrique de l’Ouest).

Canicha Djakba