Les présidents les plus diplômés de la RDC

La République Démocratique du Congo, comme bien des pays francophones d’Afrique, a acquis son indépendance en 1960. Cela fait donc 61 ans que les anciens colonisateurs belges ont dû céder l’administration du pays au peuple congolais lui-même. Dès lors, ce qu’il convenait d’appeler d’abord République du Congo, ensuite République Démocratique du Congo,  puis Zaïre et désormais République Démocratique du Congo depuis 1997, a connu cinq présidents à sa tête. De Joseph Kasa-Vubu à Félix-Antoine Tshisekedi, découvrez l’élite intellectuelle des dirigeants Congolais.

Joseph Kasa-Vubu, le prêtre converti en comptable de l’Etat

A 45 ans, Joseph Kasa-Vubu est celui sur qui repose la destinée de la jeune République du Congo dès 1960. Lorsque le Congo acquiert son indépendance des Belges, c’est sur lui qu’échoit le choix des parlementaires qui le plébiscitent au poste de président de la République. Loin d’être anodin, ce choix a notamment été guidé par le parcours académique et politique de Joseph Kasa-Vubu. En effet, né en 1915 à Dizi dans le Mayombe dans le Congo central, Joseph Kasa-Vubu a effectué l’essentiel de son parcours scolaire au sein des institutions de missionnaires catholiques. Il a fréquenté le petit séminaire de Mbata-Kiela, et a poursuivi ses études supérieures au grand séminaire de Kabwe au Kasaï, région du pays. Un chemin qui le destinait à la prêtrise. Mais exclu en dernière année de formation pour ses attitudes indépendantistes envers les règles du séminaire, Joseph Kasa-Vubu s’investit dans l’enseignement colonial, comptant surtout sur sa forte formation en philosophie. En quête d’une rémunération à la hauteur de son niveau intellectuel, il se reconvertit en 1942 en comptable au service des finances du gouvernement colonial à Léopoldville.
Bien que personnel de l’Etat, son sens critique le mène à s’intéresser et à s’investir en politique, dans un contexte marqué la décolonisation de plusieurs pays africains.
Président de l’Abako, association culturelle au départ, Joseph Kasa- Vubu et ses compagnons ont du mal à se défaire des intérêts politiques du peuple congolais. L’Abako se transforme en parti politique en 1955 et exige l’indépendance immédiate du Congo. Il mène des manifestations publiques violemment réprimandées et passe au sabotage des infrastructures des colons. Face à la pression, les Belges sont contraints à la négociation. Et une fois encore, c’est Joseph Kasa-Vubu et les membres de l’Abako qui sont aussi en face. Les assises donnent lieu à la table-ronde de Bruxelle et le 30 juin 1960, Joseph Kasa-Vubu est élu premier président de la République du Congo par le premier Parlement congolais. Son mandat est écourté en novembre 1965 par un coup d’État militaire mené par Joseph Mobutu. Joseph Kasa-Vubu est alors assigné à résidence chez lui à Kisundi, situé à Boma, dans l’actuelle province du Congo-Central.

Mobutu Sese Seko, un parcours atypique

De Mobutu Sese Seko, ce n’est pas toujours son parcours académique qui intéresse. Deuxième président de la République du Congo qu’il renomme sous son règne Zaïre, Mobutu est d’abord connu comme le militaire, mieux comme l’homme léopard qui, de 1965 à 1997, aura régné en maître suprême sur la RDC. Et pourtant, derrière Mobutu le président, se cache un intellectuel pluridisciplinaire. Né sous le nom de Joseph-Désiré Mobutu le 14 octobre 1930 à Lisala, en RDC, Mobutu Sese Seko est à huit ans orphelin de père et grandit avec son grand-père. Il est scolarisé dans une école primaire catholique comme la plupart des enfants à l’époque coloniale. A 20 ans, il intègre la Force publique coloniale dans la ville de Luluabourg. Il y obtient le brevet de secrétaire-comptable, puis est affecté à l’état-major de Léopoldville, en 1953. Quelques années plutard, il s’exerce en journalisme dans les colonnes de L’avenir, quotidien libéral de Léopoldville. En 1957, il rencontre Patrice Lumumba, l’un des fervents militants pour l’indépendance du Congo. Mobutu Sese Seko s’envole pour un congrès de presse à Bruxelles, où il reste quelque temps pour suivre une formation d’assistant social. Plus tard, il comptera parmi les membres de la délégation lumumbiste à la table ronde de Bruxelles, celle à l’issue de laquelle le Congo obtiendra son indépendance. Secrétaire d’État du gouvernement indépendant de Patrice Émery Lumumba en juillet 1960, il gravit les échelons et, grâce à son expérience militaire, Mobutu Sese Seko est nommé chef d’état-major et, à ce titre, il réorganise la jeune armée du Congo. Ayant aiguisé son appétit pour le pouvoir, il se retourne contre Patrice Lumumba, alors Premier ministre en 1960, et l’accuse d’être communiste. Grâce à l’aide des Etats-Unis dans un contexte de guerre froide,  Patrice Lumumba est assigné à résidence et annoncé mort en 1961. Devenu plus incisif, Mobutu Sese Seko convoite le poste de président de la République du Congo, et profite des querelles politiques entre le président Kasa-Vubu et Tshombe pour organiser le coup d’Etat du 25 novembre 1965 grâce auquel il devient le deuxième président de la RDC. Son autorité acquise grâce à un régime autoritaire, Mobuto Sese Seko lance en 1971, « l’année des 3 Z ». Il renomme à la fois le pays, le fleuve et la monnaie sous le nom de Zaïre. La même année, il impose un costume traditionnel, crée une version zaïroise du costume occidentale et interdit les prénoms chrétiens. Il devient lui-même Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga (Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter). Mais  face aux protestations de plus en plus pressantes des populations et des groupes armés qui manifestent leur désir de le voir partir, l’invincibilité du maréchal Mobutu Sese Seko est stoppée nette par un coup d’Etat mené le 17 mai 1997 par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (Afdl). Le tout puissant « roi du Zaïre » est remplacé par Laurent Désiré Kabila. Il meurt des suites de cancer  de la prostate en 1997 au Maroc.

Joseph Kabila, le juriste

A 30 ans lorsqu’il accède à la magistrature suprême en République Démocratique du Congo, Joseph Kabila est le plus jeune président qu’ait jamais connu ce pays. Quatrième homme à la tête du pays depuis son indépendance, il remplace à ce poste son père Laurent Désiré Kabila. C’est ce dernier qui, après avoir réussi son coup d’Etat contre le tout puissant Mobutu Sese Seko en 1997, a dirrigé le pays jusqu’en janvier 2001, date de son assassinat par son chauffeur au cours de la seconde guerre du Congo. La transition de père en fils n’aura duré que quelques heures. Ce même jour, Joseph Kabila a pris les rênes de la RDC, et ce pendant 18 ans.  Né en 1971, dans la région de Fizi dans le Sud-Kivu, Joseph Kabila Kabange est jumeau. Vivant en exil en Tanzanie sous le règne de Mobutu Sese Seko que combattait déjà son père, il y fréquente l’école française de Dar es Salaam sous le nom d’Hippolyte Kanambe Mtwale.  En octobre 1996, il rejoint ce dernier, lors de la première guerre du Congo et est formé au métier des armes par le chef d’état-major de l’armée rwandaise, James Kabarebe. Il devient major-général. Après avoir dû quitter la faculté de droit de l’université Makerere pour aider son père, Joseph Kabila a obtenu un baccalauréat des arts en relations internationales à la Washington International University institut d’enseignement supérieur à distance, non reconnu par le département d’éducation des États-Unis. Jusqu’en 2006, Joseph Kabila était président de la transition. La fin de la seconde guerre du Congo est à mettre à son actif. Ce qui lui vaudra d’être cette fois élu Président de la République en 2006, malgré les soupçons d’origine étrangère qui entachent sa campagne électorale. Il est réélu en 2011. Son maintien à la tête du pays au terme de son deuxième mandat le 20 décembre 2016, provoque une crise politique. Il finit par se conformer à la Constitution et renonce à briguer un troisième mandat. Après son départ du pouvoir, il prend le titre de « président honoraire » et devient Sénateur à vie. Il est de ce fait le tout premier ancien président congolais issu d’une alternance pacifique et  Felix Tshisekedi qui le remplace en 2019, est le premier à accéder au pouvoir au Congo par le biais d’une alternance pacifique.

Canicha Djakba