Les écoles de codage en plein essor en Afrique de l’Ouest

Ces cinq dernières années, l’offre de formation en établissements spécialisés dans le codage s’est accrue, faisant émerger une jeune génération de codeurs formés sur le continent et aptes à créer entreprises, emplois et richesses. Tour d’horizon.

Nouvelle niche d’opportunités, la programmation informatique s’installe depuis peu dans l’offre de formation des pays d’Afrique de l’Ouest. En cinq ans, au moins 10 pays de la sous-région ont ouvert une, voire des écoles spécialisées dans le codage. Les petites connaissances dispensées çà et là laissent place à de véritables unités pédagogiques de formation au langage informatique. Leur but est de favoriser l’insertion des jeunes Africains dans le monde de l’entreprenariat informatique, avec notamment le développement des programmes, logiciels et technologies capables de répondre aux besoins spécifiques du développement des pays d’Afrique et de bien d’autres.

Sénégal, le pionnier du codage dans la sous-région

Le Sénégal a été le premier pays francophone de l’Afrique de l’Ouest à ouvrir une école spécialisée dans le codage informatique. Inaugurée en 2017, la Sonatel Academy est créée par la Société nationale de télécommunication (Sonatel) du Sénégal et est entièrement gratuite. L’admission s’y fait par étude de dossier puis entretien sur les compétences techniques des candidats ainsi que sur leur motivation. En trois années d’existence, la Sonatel Academy, antenne sénégalaise du Réseau français de fabrique numérique inclusive Simplon, a encadré près de 3000 apprenants. Elle a contribué à l’employabilité des diplômés avec un taux d’insertion de 79%, à la création de sept startups et à la mise en œuvre de 12 projets. En octobre 2019, la ville de Dakar inaugurait une seconde école dédiée à la programmation et à l’intelligence artificielle : la Dakar Institute of Technology. Cette nouvelle structure de formation propose aux apprenants de simples certifications en programmation informatique de même que des licences et masters.

Côte d’Ivoire, cap sur l’IA

La première école de codage informatique en Côte d’Ivoire a ouvert ses portes à l’université Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan en décembre 2018. La Fabrique inclusive du numérique du réseau Simplon, déjà implantée au Sénégal, forme en sept mois au codage et à l’intelligence artificielle

Bénin, Epitech ouvre la première école du pays

Au Bénin, c’est le Réseau informatique français Epitech qui a ouvert la première école de programmation informatique du pays. Cette école destinée à tous (universitaires, chercheurs d’emplois, professionnels…) forme en 10 ou 12 semaines, selon qu’il s’agisse du programme Dev et Go  ou du programme Cod et Go, plus pointu. La formation s’accompagne également de stages en entreprise allant d’un à six mois. Selon Epitech, la formation à la Coding Academy est un apprentissage intensif en développement informatique, basé sur les ressources du réseau français et inspiré de sa pédagogie. La Coding Academy ne nécessite aucune compétence préalable sinon la connaissance des rudiments de l’informatique. La formation est sanctionnée par l’obtention d’un certificat de concepteur ou de développeur Web. D’autres écoles telles que Pigier Bénin et l’Institut de formation et de recherche en informatique (Ifri) ont par la suite ouvert des filières destinées à l’apprentissage de la programmation informatique. La formation dans ces écoles se fait selon le modèle universitaire, et l’obtention de diplôme en conception et développement web marque la fin du programme.

Nigeria, des écoles de codage informatique pour tous, dès le bas âge

Au Nigéria, l’intérêt pour le développement du codage informatique est si important qu’un programme d’initiation des enfants de la maternelle est prévu par le gouvernement. L’initiative défendue par le vice-président Yemi Osinbajo vise à « préparer la jeunesse à la quatrième révolution industrielle portée par les technologies de l’information et de la communication (TICs) ». Dans la même optique, le gouverneur de l’Etat de Lagos, Akinwunmi Ambode, a récemment décidé de la création de 5000 nouveaux centres de codage sur son territoire de compétence afin de former un million de Nigérians au codage informatique.

De Bamako à Ouagadougou, les écoles fleurissent

D’autres écoles de codages informatiques ont été ouvertes dans les pays de la sous-région. Au Mali, NMRK academy a vu le jour en 2020. Le Programme de formation est la première école malienne exclusivement dédiée à l’apprentissage du codage informatique. Le Togo et le Burkina Faso s’y sont également mis, en ouvrant dans leurs universités, des filières dédiées au développement des codes informatiques.

A ces initiatives gouvernementales s’ajoutent aussi des formations dispensées par de jeunes Africains à leurs compairs. Au Niger, Latifa Salissou Hassane promeut l’enseignement du code aux jeunes filles. La miss greek de la Africa Code Week 2018 sillonnent les établissements scolaires du pays pour former les jeunes filles. Au Nigéria, deux jeunes codeuses ont créé en 2019 l’ONG Eagles Advocacy qui, entre 2019 et 2020, a réussi à former 500 jeunes codeurs. Bien qu’encore dominée par des financements étrangers, la formation en codage devrait constituer aujourd’hui pour les Africains, décideurs et entrepreneurs, un outil crucial pour le développement, tant elle est pourvoyeuse d’emplois et de richesses.

Canicha Djakba