Cinq facteurs qui entravent le développement des startups en Afrique

Ces dernières années, une grande énergie d’entreprendre a saisi le continent africain. Les entreprises innovantes poussent comme des champignons et font la fierté de l’Afrique. Mais, au-delà de l’enthousiasme suscité par cette tendance, le quotidien des startups n’est pas un long fleuve tranquille. 

Selon une enquête de Weetracker (un média en ligne dédié aux startups), une startup africaine sur deux a fermé ses portes au cours de cette dernière décennie. Malgré le fait que l’Afrique regorge de potentialité entrepreneuriale, l’aventure n’est pas facile pour les jeunes pousses. Du démarrage à l’installation, il existe des obstacles qui entravent leur développement.  

 L’accès aux financements,  un obstacle majeur

Quelque 87 % des jeunes entrepreneurs en Afrique estiment que l’accès aux financements est très difficile, selon une étude de Proparco (Institution financière française). C’est un défi pour les jeunes entrepreneurs de trouver les ressources financières nécessaires pour la création de leur entreprise. Quand ils se tournent vers les banques ou autres institutions financières, les exigences de garantie les déroutent le plus souvent.  En effet, le profil d’entreprise naissante d’une startup l’éloigne de la possibilité de financement par un établissement bancaire, qui réclame un certain nombre de gages du débiteur afin de s’assurer de sa solvabilité.
La solution bancaire étant limitée en Afrique, les startups envisagent d’autres options de financement telles que l’autofinancement, la love money etc. Mais ces modes de financement alternatifs ont des limites. Si les banques ne sont pas enclines à donner un prêt aux startups, les aides publiques sont, elles, aussi rares que recherchées. Sur le continent, le démarrage des activités pour une startup et son installation relèvent alors d’un parcours de combattant.

La fiscalité des startups, le goulot d’étranglement

Les startups qui réussissent à s’installer font face à un autre problème : la fiscalité. Dans la plupart des pays africains, les jeunes pousses sont généralement soumises à un régime fiscal qui freine leur développement. Par exemple, en République Démocratique du Congo, la multitude de charges fiscales compresse les startups.
 Mais certains pays africains octroient  tout de même une facilité fiscale aux startups, en les exonérant de certains impôts pendant un temps, ou en leur accordant une réduction sur ces impôts. C’est le cas du Cameroun, où le projet de loi de finances de l’année 2021 a annoncé que les startups bénéficieront pendant cinq ans d’une exonération de tous les impôts, droits, taxes et redevances, à l’exception des cotisations sociales.
Ces allégements fiscaux, encore timides, ne règlent pourtant pas la problématique de fiscalité des startups en Afrique. 

 L’absence de marché, le mal commun

Selon une enquête réalisée par Weetracker et publiée dans le rapport « The Better Africa », le taux d’échec des startups en Afrique est de 54,20%. Ceci est dû en partie à l’absence de marché. La faible demande des produits innovants ou leurs coûts élevés représente un facteur d’échec des jeunes pousses africaines.
Même si le marché africain présente d’immenses potentialités pour les startups, il reste beaucoup de travail à faire pour que les produits ou services proposés soient adoptés par la clientèle africaine. L’écart entre l’effort de création et le faible niveau de consommation en Afrique ne favorise pas l’éclosion des startups. Ainsi, CB Insight, une structure d’analyse commerciale et base de données mondiale qui fournit des informations commerciales sur les entreprises privées et les activités des investisseurs, a analysé près de 100 témoignages de jeunes pousses ayant fait faillite. Selon les résultats de l’étude, le principal facteur d’échec est que les startups africaines ne ciblent pas véritablement un besoin du marché. Il ne reste plus qu’à ces entreprises d’aller conquérir d’autres marchés à l’international.

Absence de données sur les marchés, un problème à corriger

En Afrique, les entrepreneurs sont souvent confrontés à une absence des données sur les marchés.  Les cours des matières premières en bourse, la fluctuation du marché des capitaux, l’étude des marchés, les sondages, et les enquêtes sont pourtant indispensables pour l’orientation des investissements. Ces informations, qui sont rapportées par des journaux spécialisés en économie et finance, par des cabinets d’études, ou encore par des organismes internationaux (note de conjoncture des institutions internationales, des banques et même des Etats…) sont très peu répandues sur le continent. Non seulement parce que les journaux spécialisés sont peu nombreux, mais aussi parce que les entrepreneurs n’y trouvent pas grand intérêt. 
A cela s’ajoute la culture de la bourse qui est encore au stade embryonnaire dans biens de pays. En Afrique centrale par exemple, la Bourse des Valeurs mobilières de la Cemac, qui rassemble les six pays de cette sous-région, compte à peine 10 entreprises cotées en bourse. Dans une place boursière si peu animée, difficile de connaître les tendances réelles du marché de la sous-région, un marché qui compte pourtant de grandes entreprises. A l’exception de quelques grandes places boursières comme celle de l’Afrique du Sud (Johannesburg Stock Exchange) et du Nigeria, la faible animation des places financières ne laisse que très peu de chance au développement de l’information des marchés. Face à ce déficit, les créateurs d’entreprises font parfois une navigation à vue, ou alors, se contentent de prendre en compte les informations des grandes places boursières mondiales ( New York Stock Exchange, Cac40, Francfort…). Des données qui sont pourtant des atouts décisionnels indispensables à court, moyen et long terme, pour toute entreprise qui se dote de grandes ambitions. Et quand bien même l’information serait à portée, les entrepreneurs doivent encore bénéficier d’un coaching, pour une véritable initiation à la culture des données statistiques sur les marchés en Afrique.

Un défaut de main-d’œuvre qualifiée

Le continent  africain regorge de potentialités mais le besoin de ressources humaines de qualité se fait sentir pour accompagner l’innovation. Alors que le rythme de création de startups est exponentiel, le taux de chômage est aussi élevé en Afrique.
Ce contraste est dû au fait qu’il n’y a pas, ou n’existe pas suffisamment de main d’œuvre technique et professionnelle pour faire tourner les entreprises technologiques. L’on peut notamment citer une quasi absence de main d’œuvre pointue dans des domaines comme la robotique, la mécatronique, la fonderie, l’ingénierie médicale… Cet état de chose constitue un frein au développement des jeunes pousses. Il importe de réajuster la compétence des jeunes pour qu’elle soit en adéquation avec la tendance de la nouvelle révolution industrielle, stimulée par les nouvelles technologies.
Materne Aguessy