Vingt ans après avoir dressé un premier état des lieux de son patrimoine naturel, le Maroc se confronte à une réalité incontestable : sa biodiversité, pourtant exceptionnelle, doit être mieux préservée et valorisée. L’Évaluation nationale de la biodiversité et des services écosystémiques (ENBSE) met en lumière une dégradation généralisée du vivant dans un pays reconnu comme l’un des principaux réservoirs de diversité biologique au monde.
Derrière la richesse de ses forêts méditerranéennes, de ses zones sahariennes, de ses littoraux étendus et de ses montagnes à fort endémisme, se cache une fragilité croissante. Le constat est clair : la biodiversité marocaine s’érode. L’Indice Liste Rouge de l’UICN révèle une augmentation continue du nombre d’espèces menacées, traduisant une diminution de leurs chances de survie. Selon le rapport, près de 22 % de la biodiversité nationale pourrait disparaître d’ici 2050 sans mesures fortes. Cette perte ne se limite pas à quelques espèces emblématiques ; elle reflète un déséquilibre global des écosystèmes, dont dépendent directement les activités économiques et le bien-être des populations.
Cette biodiversité reste encore mal connue.
On sait en outre que cette biodiversité reste encore mal connue. Si certains groupes comme les oiseaux ou les plantes ont été relativement bien étudiés, d’autres, notamment les espèces marines, les invertébrés ou les champignons, demeurent largement méconnus. Et selon les spécialistes, le pays doit se doter d’outils structurants, tels qu’une cartographie nationale complète des écosystèmes, pour renforcer la capacité à définir des priorités d’action efficaces.
Sur le plan institutionnel, les politiques de protection sont à renforcer. Bien que le Maroc ait adhéré aux grandes conventions internationales, la mise en œuvre doit monter en dynamisme. Le réseau d’aires protégées couvre une part limitée du territoire, loin des objectifs fixés à l’échelle mondiale. De nombreux sites d’intérêt écologique manquent encore de plans de gestion concrets, et certains ont déjà perdu leur richesse initiale.
La biodiversité est répartie entre plusieurs institutions, souvent sans coordination efficace
La gouvernance fragmentée accentue ces difficultés. La gestion de la biodiversité est répartie entre plusieurs institutions, souvent sans coordination efficace. Les collectivités territoriales, pourtant essentielles à une gestion de proximité, restent peu impliquées. De plus, les politiques sectorielles, notamment en agriculture, tourisme ou exploitation minière, intègrent encore insuffisamment les enjeux écologiques, aggravant la pression sur les milieux naturels.
Les menaces qui pèsent sur la biodiversité sont multiples et souvent cumulatives. L’urbanisation rapide, la déforestation, la surexploitation des ressources et l’agriculture intensive contribuent à la dégradation des habitats. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique, avec une diminution attendue des précipitations et une progression des zones arides. D’autres facteurs, comme les espèces invasives, la pollution ou le braconnage, viennent aggraver la situation.
Une intégration réelle de la biodiversité dans les politiques économiques sont indispensables.
Face à ce constat, l’heure est au sursaut stratégique. La protection urgente des espèces menacées, la restauration des écosystèmes dégradés et le renforcement des connaissances scientifiques sont identifiés comme des priorités. L’objectif est ambitieux : restaurer au moins 30 % des écosystèmes d’ici 2030 et étendre significativement les aires protégées. Une meilleure coordination institutionnelle et une intégration réelle de la biodiversité dans les politiques économiques sont également indispensables.
Au-delà d’un enjeu environnemental, la biodiversité représente un pilier du développement du Maroc. Sa préservation conditionne la durabilité de secteurs clés comme l’agriculture, la pêche et le tourisme. Dans un contexte de pressions croissantes, protéger le vivant devient une nécessité stratégique pour garantir l’avenir économique et écologique du pays.





