L’agriculture biologique africaine a connu un tournant inattendu. Selon le rapport « The World of Organic Agriculture » publié par Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), les surfaces certifiées bio sur le continent ont reculé de 17,6 %, passant d’environ 3,4 millions d’hectares en 2023 à un peu plus de 2,8 millions d’hectares actuellement. Une baisse de 600 000 hectares qui marque la première contraction enregistrée depuis 2011, après plus d’une décennie de croissance continue.
Cette diminution significative s’inscrit dans un contexte réglementaire en profonde mutation. Le rapport souligne que la baisse des superficies déclarées coïncide avec l’entrée en vigueur du nouveau règlement biologique de l’Union européenne. Depuis 2024, les importations issues de pays tiers doivent se conformer strictement aux mêmes exigences que celles imposées aux producteurs européens. Ce nouveau cadre met fin progressivement au principe d’équivalence, qui permettait jusque-là à certains pays exportateurs d’accéder au marché européen sur la base de normes jugées comparables, mais non identiques.
Dans ce contexte, de nombreux organismes de certification ont dû revoir leurs données et exclure les terres ne répondant pas pleinement aux nouvelles exigences. Le recul observé ne reflète donc pas nécessairement un abandon massif de l’agriculture biologique, mais plutôt un ajustement statistique et réglementaire lié à un durcissement des critères de conformité. D’où le constat selon lequel, l’Afrique doit se ressaisir pour remonter la pente. L’Afrique représente 2,8 % des terres biologiques mondiales bien que l’agriculture biologique ne couvre que 0,2 % de la superficie agricole totale, ce qui illustre le potentiel encore largement inexploité du secteur. La répartition des surfaces certifiées reste par ailleurs très concentrée : quatre pays totalisent près de la moitié des terres bio africaines.
En tête figure l’Ouganda, qui conserve sa position de leader avec 505 308 hectares certifiés en 2024. Il est suivi par le Burkina Faso (251 000 hectares), l’Éthiopie (227 000 hectares) et le Togo, qui occupe la quatrième place avec plus de 225 000 hectares. Cette concentration géographique souligne le rôle moteur de quelques pays dans le développement du bio africain. Fait notable, la contraction des surfaces n’a pas freiné la dynamique commerciale du secteur. En 2024, l’Afrique a exporté 687 395 tonnes de produits agricoles biologiques, soit une hausse de 7,6 % sur un an. L’Union européenne demeure le principal débouché, absorbant 62,38 % des expéditions africaines. Toutefois, les volumes à destination du bloc ont légèrement reculé de 0,4 %, à 428 845 tonnes.
À l’inverse, les États-Unis affichent une progression marquée de leurs achats, en hausse de 24,4 % sur un an, pour atteindre 258 550 tonnes. Cette dynamique américaine contribue à soutenir la croissance globale des exportations africaines, compensant en partie le léger tassement européen. En termes de produits, le soja et ses dérivés dominent largement, avec plus de 340 000 tonnes exportées, représentant près de la moitié des volumes. Les huiles végétales, notamment l’huile d’olive, totalisent environ 63 000 tonnes, tandis que la banane atteint 48 000 tonnes. Le Togo s’impose comme premier exportateur africain, principalement grâce au soja, devant la Tunisie, reconnue pour son huile d’olive, et le Ghana, spécialisé dans la banane.





