Le rapport « 2026 Outlook » indique que d’ici 2035, l’Afrique pourrait produire plus de 9 millions de tonnes d’hydrogène à faible teneur en carbone par an. « Atteindre ce volume pourrait être essentiel pour les efforts de décarbonisation du continent. Cela est rendu possible grâce aux vastes ressources solaires et éoliennes de l’Afrique, à la grande disponibilité des terres et à la proximité des principaux marchés d’exportation », selon NJ Ayuk, président de l’African Energy Chamber (AEC).
En se basant toujours sur le rapport, NJ Ayuk note que le continent deviendra un exportateur d’hydrogène, soit en le transportant sous forme liquide par pipeline depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe, soit en utilisant l’ammoniac comme vecteur vers d’autres marchés internationaux. Et lui de rappeler que les grands projets d’hydrogène vert en Afrique sont concentrés en Namibie, en Afrique du Sud, en Mauritanie, en Égypte et au Maroc. En 2022, ces quatre pays se sont associés à deux autres, l’Égypte et le Kenya, pour lancer l’African Green Hydrogen Alliance (AGHA), qui promeut le leadership de l’Afrique dans le développement de l’hydrogène vert. Comptant désormais 11 membres, l’AGHA prévoit que les exportations d’hydrogène vert du continent atteindront 40 mégatonnes d’ici 2050.
La Namibie est un leader dans le développement de l’hydrogène vert, en particulier pour l’exportation. Le projet Hyphen, d’une valeur de 10 milliards de dollars, développé par la société namibienne Hyphen Hydrogen Energy, une coentreprise entre la société énergétique allemande Enertrag et Nicholas Holdings, prévoit de produire plus de 300 000 tonnes d’hydrogène vert par an, destinées à l’exportation vers l’Europe. Un autre partenariat namibien-allemand est l’usine sidérurgique verte HyIron Oshivela, qui utilise un électrolyseur de 12 MW, alimenté par un parc solaire d’environ 25 MW et un grand système de batteries, pour produire de l’hydrogène vert. L’hydrogène est ensuite utilisé pour éliminer l’oxygène du minerai de fer afin de créer du fer de réduction directe (DRI), une matière première essentielle pour la fabrication d’acier à faible teneur en carbone.
Encourager les investissements durables
Parallèlement, la construction du Daures Green Hydrogen Village, la première installation entièrement intégrée de production d’hydrogène vert et d’engrais en Afrique, est en cours. Elle combinera les énergies renouvelables et l’agriculture durable. L’Afrique du Sud voisine a créé une « Hydrogen Valley » nationale, qui abrite plusieurs projets à grande échelle qui doivent leur succès en grande partie aux investissements publics et privés. Le Coega Green Ammonia Project est une usine de 5,7 milliards de dollars américains construite par Hive Hydrogen et Linde, qui devrait produire jusqu’à 1,2 million de tonnes d’ammoniac vert par an. Le Prieska Power Reserve Project, situé dans le Cap-Nord, devrait commencer à produire de l’hydrogène vert et de l’ammoniac à partir d’énergie solaire et éolienne dès l’année prochaine. En août 2023, Sasol a lancé l’exploitation du Sasolburg Green Hydrogen Pilot. Ce programme pilote est capable de produire jusqu’à 5 tonnes d’hydrogène vert par jour. Et un consortium connu sous le nom de HySHiFT Project cherche à produire du carburant aviation durable (SAF) à partir d’hydrogène vert dans des installations existantes.

Au nord, la Mauritanie poursuit des « mégaprojets » à grande échelle afin de tirer parti de son vaste potentiel éolien et solaire. Le projet Nour (Aman) est l’un des plus grands projets d’hydrogène vert en Afrique. Le développeur CWP Global espère produire 1,7 million de tonnes d’hydrogène vert par an. Le gouvernement mauritanien a également conclu un accord distinct de 34 milliards de dollars avec Conjuncta pour développer une installation d’hydrogène vert de 10 GW. Plus au nord, le Maroc se distingue comme l’un des premiers pays africains à avoir élaboré une stratégie nationale en matière d’hydrogène vert. Il se positionne désormais pour exporter vers l’Europe en allouant des terrains importants à proximité des ports et en investissant dans des infrastructures partagées afin de faciliter la production et l’exportation. Des projets sont en cours en collaboration avec des entités telles que TotalEnergies et la Banque européenne d’investissement.
L’Égypte s’efforce également de devenir une plaque tournante régionale pour l’hydrogène et ses dérivés, en mettant l’accent sur la zone économique du canal de Suez (SCEZ). « Nous devons intensifier nos efforts pour renforcer les capacités techniques locales et permettre le transfert de technologies. Les ambitions de l’Afrique sont entravées par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et l’accès limité aux technologies de transformation avancées« , a soutenu le président de l’African Energy Chamber avant de conclure que « le continent peut et va libérer une valeur économique significative pour aider les nations à sortir de la pauvreté énergétique, à condition que les gouvernements encouragent des investissements durables dans les infrastructures, la gouvernance et le développement des compétences« .





